L'émancipation comme acte criminel
Le film met en scène deux femmes ordinaires piégées dans un quotidien patriarcal : Thelma, par un mari infantilisant, et Louise, par un travail et un passé traumatiques. Leur simple "road trip", une quête d'espace et de liberté, bascule lors d'une tentative de viol.
Leur acte d'autodéfense est immédiatement requalifié en crime par le système. C'est là le cœur du propos : dans un système patriarcal, l'émancipation féminine est perçue comme une transgression, un acte criminel qui doit être puni.
Le Système comme Antagoniste
Il n'y a pas un seul "méchant". L'antagoniste, c'est le système dans son ensemble : le mari, l'agresseur, le camionneur obscène, le policier, et au final, l'armée de voitures de police.
Le parallèle avec Nettie Stevens est puissant. Son "antagoniste" n'était pas seulement Thomas Hunt Morgan. C'était l'ensemble du système scientifique (universités, publications, comités Nobel) qui était structuré pour la dévaloriser et l'effacer. Thelma & Louise donne un visage à ce système abstrait.
"Le film ne nous donne pas une fin heureuse. Il nous donne une raison de nous battre pour une."
Forcer la réaction : un acte de réhabilitation
C'est ici que le film devient un outil de réhabilitation. En acculant les héroïnes au bord du Grand Canyon, il ne leur laisse que deux choix : la soumission (la prison, le retour au système) ou la mort.
Ce choix impossible est un miroir tendu au spectateur. Il n'y a pas de "happy end" hollywoodien. Le film nous force à ressentir l'injustice fondamentale du système. La colère et la frustration que l'on ressent ne sont pas de l'échec, elles sont le but pédagogique du film. Il réhabilite notre droit à être en colère face à l'oppression.